Nationalisation des Parcs Disney : Chavez apporte son soutien


Le président vénézuelien a tenu à apporter, lors d'un discours de politique général prononcé à la suite de sa réélection, son plus vif soutien à l'entreprise de nationalisation des parcs Disney par le gouvernement Fantastique : "les ressources naturelles d'une nation, sont et doivent rester exclusivement la propriété du peuple souverain en son territoire" a proclamé le président tant contesté. La fantaisie, l'humour, le rêve, l'aventure ainsi que l'ensemble du panthéon animalier que constituent les personnages anthropomorphes de la célèbre Walt Disney Company, ne doivent en aucun cas rester aux mains d'une firme nord-américaine qui utilise l'ingénuité de ses personnages à des fins de propagande néo-libérale.

Outre l'apport financier considérable que constituent les infrastructures de loisir Disney, il est vital de garantir la débilité du contenu intellectuel de cet univers qui rappelons-le, touche près d'un marmot sur la planète. Malgré les lourdes indemnités mises en place par le gouvernement fantastique, sous la forme de bons d'achat Leclerc et de vignettes chocapic convertibles sous forme de matelas pneumatique ( rappel : 20 vignettes + un chèque de 15 euros donne droit à un matelas griffé du logotype canin de la célebre marque céréalière, tu recevras ton matelas dans un délai de six à dix semaines, sans obligation d'achat, ndlr), la direction de la Walt Disney Company n'a pas daigné remettre au conseil des sages les titres de propriété de l'ensemble de ses parcs. Vendredi dernier, au cours d'une Mickey Parade, l'armée fantastique s'est confrontée à une vive opposition des employés à remettre leur costume de travail. Le chien Pluto, notamment, a mordu au sang un soldat de la force fantastique, tandis que Donald apostropha durement un journaliste venu couvrir l'événement : "prcocripicropcaracaprocoprrr...", rapporte le New York Times. Bien que cela soit déplorable, notre vaillante armée a du recourir à la force, pour soustraire les précieux costumes des interprètes humains, qui ont, semble-t-il vécu leur exposition publique en sous-vêtements, devant un parterre d'enfants interloqués, comme une véritable humiliation. Le gouvernement a tenu à formuler ses excuses pour l'outrage subi, tout en rappelant avec fermeté que le recours à la force avait été rendu obligatoire par l'obstination des employés récalcitrants. En lieu d'accompagnement psychologique, la cellule de soutien, mise en place par le ministère de la santé mentale, a d'ailleurs remis aux employés malmenés des vidéocassettes de Pocahontas et des cassettes audio "it's a small world", dans le cadre de son programme de prévention de la violence et soutien aux victimes.

L'ensemble des panoplies des personnages est donc officiellement en possession de la trésorerie du Grand Duché de Barse et conservé sous très haute protection.

Le soutien du président vénézuelien vient donc à point, à l'heure où la communauté internationale se complait dans une indifférence caractérisée, prétextant que la situation au proche orient passerait au premier plan. Il est bon de sentir qu' enfin une partie du monde tourne son regard vers la difficile situation du courageux peuple fantastique. Ne baissons pas les bras, soutenons-nous, bientôt, tous les petites têtes blondes ou poilues de notre charmante progéniture peupleront gaiement les allées sonorisées de nos chers parcs d'attraction.

L'affaire du prisme huit ans après : toujours pas de coupable

Marseille, Territoire de FRANCE. De notre envoyé spécial, Grégoire Touché

Il marche d'un pas décidé sur la Cannebière, pantalon de velours noir, pull beige. Tous les mercredi après-midi, Marcel Raymond rentre chez lui par le front de mer, perdu dans ses pensées. Hanté par le mystère du Prisme, qui l'empêche de dormir depuis déjà huit ans. Huit longues années durant lesquelles il n'a pu élucider ce qui reste une énigme pour lui. Ce prisme a changé sa vie, il ne l'oubliera jamais.

Rappelons les faits. Alors qu'il vient de donner un cours à ses élèves de Seconde 2 (remarquez la stupéfiante répétition des chiffres...) sur la réfraction de la lumière à l'aide de l'unique prisme que l'école Jules Verne s'est offert quelques années auparavant, Marcel Raymond, directeur de l'école et professeur de Physique-Chimie émérite, s'aperçoit de la disparition de celui-ci. Intrigué, bouleversé, il demande à ses élèves si quelqu'un sait où se trouve le prisme. Personne ne répond. Quelques-uns osent même sourire devant la mine grave affichée par leur professeur. Marcel Raymond ne peut plus donner son cours préféré. Il ne peut plus démontrer les lois de Newton sur la lumière. Lui qui déteste la théorie, lui qui aime par dessus tout la démonstration concrète des lois qui régissent l’univers.

Il soupçonne ses élèves d'avoir dérobé le précieux triangle de verre. Il n'hésite pas à prononcer les termes de "malandrin", de "plaisantin". Mais rien n'y fait, personne ne semble prêter attention à ce qui est devenu l'Affaire du Prisme. Il se tourne alors vers ses collègues. Eux aussi sont éplorés. M. Brulebûches, le vénérable, marmonne dans sa barbe : "Si je trouve cet enfoiré qui a volé le prisme, il s'en souviendra longtemps ! je lui en ferai voir, moi ! il saura ce qu'il en coûte de se moquer d’un vétéran du Vietnam !". Marcel Raymond soupçonne aussi sa laborantine nymphomane. Mais elle n'était pas de service le jour de la disparition du prisme. Jour et nuit, Marcel Raymond tente de dénouer ce mystère. En vain. Il prend alors la décision la plus grave qu'il ait jamais dû prendre dans sa vie : il quittera Jules Verne à la fin de l'année.
Depuis, malgré le temps qui passe et l'éloignement de sa "chère école", Marcel Raymond n'en finit pas d'y penser. Il nous confie : "Je pensais que je m'en sortirais le jour où je pourrais de nouveau donner un cours sur la réfraction de la lumière. Mais ça ne m'a calmé que temporairement. Je peux de nouveau utiliser un prisme à Marseille, mais ce n'est pas pareil. Ce n’est plus Le Prisme. Mon Prisme !! (il s’emporte, crie, éructe, la bave lui coule des commissures des lèvres) Tant que je ne saurai pas quel est le malandrin qui nous a volé notre outil de travail, je ne serai pas tranquille."

Devant notre insistance, il daigne nous montrer son nouveau prisme, gardé jour et nuit dans un coffre-fort à ouverture bio-génétique. Délicatement retiré de son écrin de soie rouge, l'objet prend une dimension quasi mystique dans les mains de Marcel Raymond. Ce simple objet de verre est pour lui un trésor inestimable. Il y revoit son maître à penser, Isaac Newton, le premier qui osa utiliser deux prismes pour analyser la lumière blanche. Quelle épopée !

Alors que le soleil descend lentement sur la Méditerranée, nous laissons derrière nous un homme miné par le souci et l'angoisse. Un homme de science dévoré par sa passion. Un homme qui espère. Un homme qui attend que toute la lumière soit faite sur cette affaire...